Quand j’étais enfant, je croyais qu’il n’existait rien de mieux au monde que de jouer le rôle de Laura Ingal’s. De mon petit village de bout du monde au Saguenay, je m’étais débrouillée

 pour faire partie du fan-club de La petite maison dans la prairie. Comme je la trouvais chanceuse de jouer à la télé. J’aurais tout donné pour être à sa place. Pourquoi étais-je né dans ce trou perdu, loin des postes de télévision? Un jour je travaillerais en télé, c’est sûr!

Maintenant, j’y suis comme « coach » d’acteurs. Mon travail consiste à améliorer le jeu des acteurs, à faire en sorte que leur interprétation soit maximisée.

Il y a 13 ans, alors que j’étais enceinte de 9 mois et que je travaillais avec de jeunes acteurs pour une série télévisée, j’eus pour la première fois à me questionner sur la possibilité de faire apparaître mon enfant naissant à la télévision. Brigitte, la première assistante à la réalisation, cherchait un bébé pour une scène qu’on devait bientôt tourner. Comme mon accouchement était imminent, j’étais la personne idéale. En plus, je connaissais le show. J’ai alors dit     « oui » du bout des lèvres. Par contre, quelque chose en moi qui clochait, et je ne savais pas quoi… Avais-je vraiment envie que l’on prenne mon bébé naissant pour l’amener sur un plateau? Je me voyais déjà, retenant mes larmes; essayant de voir au loin qui l’avait dans les bras. L’utérus vide et le cœur gros, mais… je n’osais pas revenir sur ma parole, Brigitte était si gentille, je ne voulais pas le décevoir en lui disant « non » cette fois. Et puis, comme je n’avais pas de congé de maternité (les pigistes, à l’époque n’en avait pas), cela allait me faire un peu d’argent. Mais était-ce vraiment ce que je voulais pour mon enfant?

Mon accouchement s’est fait attendre. Une semaine après ma date prévue, ma sage-femme me fit comprendre que mon « travail » devait se déclencher sous peu au risque de me retrouver à l’hôpital pour qu’on me provoque. Le nettoyage des escaliers aidant, mes contractions commencèrent enfin. Ouf! 35 heures de travail plus tard, l’hôpital reprenait ses droits. « Planchers pelviens trop rigides, l’épidurale relaxera peut-être tout cela… » En route vers l’hôpital, une seule pensée positive me traversait l’esprit :    « Au temps que cela me prend pour accoucher, il sera peut-être être trop tard pour le tournage avec mon bébé. Je ne serai pas obligé de le faire et je ne serai pas celle qui a dit non à la dernière minute ». Onze heures plus tard et une césarienne, je tenais enfin mon bébé dans mes bras. Mais pas pour longtemps.    « Son cœur bât trop vite quand vous l’allaitez. Il doit aller aux soins intensifs. » Cette fois, s’en était bien fini avec le tournage! Ouf…

Pourquoi est-ce que je sentais si fort que ce n ‘était point la place de mon bébé?

Bien entendu, je savais qu’il ne serait pas maltraité; j’avais déjà vu d’autres enfants venir sur ce plateau et j’avais pu constater qu’il n’était pas malheureux… Mais tout mon être disait « NON! »

Avec du recul, je réalise que je me sentais coupable de lui faire vivre quelque chose qu’il n’avait pas choisi et pour lequel il n’avait aucune envie. Un bébé veut être à la chaleur collé contre l’un de ses parents et moi, je lui aurais imposé d’être dans les bras d’étrangers, sous les spots d’éclairage et à travers le bruit. J’avais l’impression de le trahir dès son arrivée au monde.

Je me suis mise alors à réfléchir sur le sens de cette trahison. Cet enfant était un prolongement de moi-même et d’une certaine façon, je me trahissais moi-même parce que je n’avais pas envie qu’on prenne mon bébé pour un tournage. Je voulais le garder pour moi et je voyais les tournages comme quelque chose de bien superficiel, surtout après avoir fait quelque chose de si grand et si miraculeux : un enfant parfait !

Je ne voulais pas le partager, car ce n’était pas en lien avec ce que je sentais dans mon for intérieur.

Conseil

Je réalise que pour être un bon orateur, il faut avoir envie de partager et que notre message ne trahisse pas notre for intérieur.

Si l’on ne croit pas ce qu’on dit, si cela ne concorde pas avec nos valeurs et si cela ne concorde pas avec le sentiment profond que ce qu’on raconte est bon, important et primordial d’être partagé, on n’arrivera jamais à faire une présentation réussie. Peu importe les cours et les techniques que nous possédons.

Tel un bébé, ce qui doit être dit doit avant tout grandir en nous, qu’on le sente bouger et qu’il en vienne à prendre de plus en plus de place jusqu’à sentir qu’il faille absolument en parler. Que notre message, notre contenu (notre bébé), soit en lien direct avec ce que nous sommes. En aimant ce qu’on a à dire et en étant en corrélation directe avec notre discours, il y a de fortes chances que la livraison du message soit réussie. Branché sur nous-mêmes, on aura alors ce grand sentiment de faire un partage réussi avec notre auditoire. Un message parfait venant de SOI!

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