« Le secret d’une allocution réussie est la pratique. » Oui, mais quelle pratique?

Que fait-on quand on a peur et qu’on panique lorsqu’on fait une présentation publique? L’angoisse et l’anxiété viennent de vous. Ce n’est rien en rapport à l’extérieur. Si vous avez pu les créer, vous pouvez aussi les arrêter. Mais comment?

Quand on se sent nerveux avant de parler en public, c’est qu’on a parfois l’impression qu’on n’a pas droit à l’erreur et cela augmente la pression. On s’imagine qu’il n’y a que nous qui commettons des erreurs et que tous les autres sont si parfaits et s’expriment si bien.

Pour vous pratiquer, je vous demande, dans un premier temps, de bien écouter lorsque quelqu’un parle en public, à la radio ou à la télévision. Je vous demande simplement d’observer ces personnes aux moments où elles se trompent, font des erreurs, cherchent leurs mots, etc. Dans un deuxième temps, considérez-vous face à leurs erreurs et constatez si vous êtes : Conciliants? Empathiques? Sévères? Condescendants?

La vérité, c’est que la plupart des gens sont très conciliants et acceptent les bévues et lapsus chez les autres. Ils se disent : « C’est normal, ce sont des choses qui se produisent. Ça m’arrive aussi… »

Mais le problème, c’est que plus souvent qu’autrement, ces gens ne sont pas conciliants envers eux-mêmes. Nécessairement, la pratique les rendra éventuellement capable de reproduire le même comportement avec eux-mêmes. Remarquez votre réaction quand quelqu’un se trompe et trouvez un moyen de  vous souvenir de la phrase intérieure engendrée. Mettez-la dans un tiroir pour ensuite l’utiliser à votre propre égard lorsque vous ferez, ne serait-ce, qu’une petite erreur. Peu importe l’erreur.

La plupart du temps, les gens sont beaucoup trop exigeants envers eux-mêmes. Leur volonté d’être bons et d’exceller provoque la perte de tous leurs moyens. En jeu d’acteur, on appelle ça être trop volontaire et cela fait en sorte qu’on ne se laisse pas aller dans ce qu’on a à jouer, à dire, à faire. Le plaisir s’efface et ne demeurent que les « il faut » : il faut être bon, il faut réussir, il ne faut pas se tromper, il faut être parfait !

Voici une autre analogie, avec le sport. Vous m’en excuserez, mais je trouve souvent que le sport se compare aisément à l’art de s’exprimer en public. Par exemple, mon fils de 12 ans a commencé à jouer au  basketball cette année. Il désire se surpasser et faire beaucoup de paniers. Je le connais, il veut bien faire, trop bien faire! En le regardant jouer, je voyais à quel point il souhaitait compter et faire de bonnes passes. Mais sans résultats. Me questionnant, j’ai alors regardé attentivement les autres joueurs, les meilleurs. Je me demandais : « Comment procèdent ceux-ci pour être meilleurs que mon fils? »

La souplesse… J’ai remarqué que leurs corps demeuraient souples, détendus. Qu’ils ne semblaient pas fournir d’efforts. Mon fils, lui, gardait une posture tendue, raide, sèche et cassante. Sa volonté de trop vouloir scorer le stressait et le rendait moins disponible au jeu, ratant des passes, des dribles et donc des paniers…

La raideur physique et intérieure vient du volontarisme, du trop vouloir. Entraînez-vous à ne pas trop vouloir réussir mais plutôt à être indulgent avec vous-même et envers les autres. Les personnes qui craignent davantage le jugement sont souvent celles qui jugent le plus… Elles réagissent avec tellement de sévérité à l’encontre des autres, qu’elles se disent d’emblée que tous pensent de la même manière…

J’ai connu un excellent comédien qui n’arrêtait pas de « chialer » contre le jeu de tous les comédiens qu’il voyait. Blâmant le talent, le potentiel, le physique, etc. Le jour d’une importante audition, il a été incapable de faire quoi que ce soit de bon. Il s’imaginait ce qu’on dirait de lui et de cette audition. Pire : il visualisait obtenir le rôle et être ainsi exposé aux critiques. Paniqué, il a raté son audition. Son potentiel n’était en cause, car c’est un très bon comédien. C’était dû à sa peur de ne pas être bon et d’être jugé comme il juge les autres. Cela s’est retourné contre lui. Son  volontarisme l’a rendu raide et sans vie, ratant son « panier ».

Exercez-vous à être indulgent envers vous-même et envers les autres. C’est une habitude qu’il faut adopter pour devenir, entre autre, un meilleur orateur. Quand vous vous voyez sur le point de vous dénigrer ou de parler contre quelqu’un, arrêtez-vous tout de suite et changez immédiatement votre façon de penser. Mettez-vous à la place de l’autre : « Et si ça m’arrivait à moi ? Quelle attitude voudrais-je qu’on ait envers moi? » Et si vous êtes sévère envers vous-même, imaginez que c’est la personne que vous aimez le plus au monde qui vient d’accomplir ce que vous venez d’exécuter. Traitez-vous de la même façon dont vous traiteriez cette personne.

Je ne dirais pas que mon fils est devenu le meilleur joueur de son équipe depuis que je lui ai parlé de souplesse et de volontarisme. Mais on dirait que, depuis ce temps, il est plus décontracté, il joue mieux et il semble plus heureux sur le terrain. Il a réalisé qu’il fallait arrêter de s’imposer toute cette pression et qu’il fallait se concentrer uniquement sur le plaisir de courir et d’être en osmose avec le ballon et ses coéquipiers. S’offrir, encore une fois, son moment présent.

« Vous parlez bien si votre langue livre le message de votre cœur. » (John Ford)

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